Organisations membres :
Contribution de l'IRS des Trois Frontières aux travaux du Groupe de Travail n°6 du Conseil Economique et Social de la Grande Région.
Sommaire :
1. Introduction
2. Opportunité
3. Principes
4. Processus et méthode
4.1. De l'idée...
4.2. ... au projet.
4.3. Plusieurs possibilités
5. Idées et symboles
5.1. Idées « forces »
5.2. Exemples d'actions symboliques
6. Conclusion provisoire
Depuis le Sommet de la Grande Région qui s'est tenu à Liège en mai 2000, qui a largement abordé le thème de la culture sous l'angle des échanges et des coopérations, il devenait naturel pour tout un chacun de s'attendre à des initiatives ou des actions communes dans ce domaine.
D'autant que lors de ce Sommet, le Grand Duché du Luxembourg avait proposé aux représentants des régions partenaires d'élaborer un projet commun s'inscrivant dans le programme européen « Capitale européenne de la culture ».
En septembre 2001, un avis du CESGR invite les représentants des exécutifs de la Grande Région à saisir cette opportunité majeure et souligne l'urgence à engager des rencontres préparatoires.
Au mois de novembre suivant, le Sommet de Mondorf manifeste le souci d'un plus grand rapprochement avec les citoyens, et le souhait de renforcer la coopération transfrontalière afin de promouvoir une identification accrue des citoyens avec la Grande Région. La manifestation « Grande Région, capitale européenne de la culture en 2007 » est en ce sens indiquée comme « un pas supplémentaire dans l'approfondissement d'un sentiment d'appartenance à un passé, un présent et un avenir communs qu'il s'agira d'étayer dans tous les domaines ».
La candidature de « Luxembourg et Grande Région » comme Capitale européenne de la culture en 2007 ancrent dorénavant les perspectives esquissées à Liège en l'an 2000 dans une véritable démarche de valorisation, d'intégration et de mobilité multiculturelle et transnationale au service des hommes et des territoires de cette grande région.
La présentation de la candidature de « Luxembourg et Grande Région » pour 2007 met à juste titre l'accent sur le concept de « transversalité » (5 thématiques transversales chacune pilotée par une entité de la Grande Région) et sur celui de « culture commune » (la lumière du passé éclaire le présent et l'avenir communs).
Les organisations syndicales de la Grande Région entendent et mesurent l'ampleur et l'enjeu de la construction de cet événement. Le poids du « fait syndical », la richesse de la vie associative dans les 5 régions concernées et l'étroite imbrication entre les 5 thématiques retenues et l'histoire sociale, amènent tout naturellement les organisations syndicales à proposer une participation convaincue et soutenue à la préparation, la construction et la réalisation des manifestations culturelles de 2007.
Forts de l'expérience transfrontalière qu'ils partagent au quotidien et depuis longtemps, les organisations syndicales de la Grande Région se placent d'emblée dans une perspective de réussite de cette coopération interrégionale.
2007 rayonnera fort probablement au-delà de son épicentre géographique, au travers du temps et des frontières.
Du temps d';hier à celui de demain les femmes et les hommes continuent dans leur diversité, dans leur complexité et dans leur quotidien à tisser notre culture, elle-même marquée par les migrations et l'ère industrielle.
Les brassages, les souffrances, les luttes et les espérances ont été des vecteurs de transformation, d'universalité et d'unification : inspirations et réalisations au travers de notre temps et de nos espaces qui nourrissent dorénavant nos sens.
Musiques, spectacles vivants, mémoires et témoignages écrits, photographiques ou audio-visuels, monuments, sculptures et peintures qui marquent et rythment la vie de notre Grande Région.
Les organisations syndicales de la Grande Région apporteront une vision et un réseau qui a tracé et qui continue à dessiner le paysage de notre espace commun. La diversité et la teneur des réalisations passées et présentes sont une force de locomotion incomparable pour le développement transfrontalier en Europe parce qu'elles sont l'expression de la réalité quotidienne du brassage culturel et d'une véritable société multiculturelle. Ce lien privilegié dont bénéficient les partenaires sociaux embrasse l'univers culturel. C'est-à-dire celui de la création et pas seulement celui des créateurs.
En conséquence, et empreints du respect et de la reconnaissance mutuels envers la création et ses intervenants, nous entendons le sens de la candidature de « Luxembourg et Grande Région, Capitale européenne de la culture 2007 » et faisons écho aux déclarations des Sommets ci-dessus mentionnés et à l'avis du CESGR en indiquant notre participation convenue à la conception, la réalisation et l'exécution de cet événement majeur.
Qu'il s'agisse des 5 thématiques retenues ou des différents champs de création, les organisations syndicales (O.S.) au travers leur réseau interrégional sont en capacité de mettre à jour et d'organiser un « réservoir » d'idées, d'évènements et de réalisations potentiels dans des délais conciliables avec les éléments de programmation qui apparaissent dans le dossier de candidature (courant 2004).
Les O.S. sont en capacité de mobiliser et de répertorier, en les distinguant, des moyens nécessaires au passage de l'idée au projet.
Il peut s'agir d'un porteur de projet potentiellement adéquat mais aussi de moyens matériels, d'oeuvres, ou simplement d'un réseau support. Dans tous les cas il s'agit là d'une étape déjà plus avancée que le seul répertoire d'idées mais qui reste de l'ordre de l'inventaire des moyens et des méthodes.
Les partenaires sociaux apportent un réseau, une vision, des expériences, des réalisations collectives ou individuelles qui manifestent beaucoup de diversité.
Si toute réalisation nécessite des moyens, il existe une graduation quasi infinie dans la diversité et le type d'évènements potentiels et donc dans les moyens nécessaires.
A ce propos les organisations syndicales peuvent également s'engager plus avant et entrer dans la mise en oeuvre si cela s'avère intéressant ou nécessaire.
En effet nombre de créations, qu'elles soient collectives ou individuelles, sont plus ou moins directement connectées au monde habituel du travail, aux activités associatives et aux manifestations collectives qui en émanent (cours, écoles, représentations, promotion, expositions, animations, galas, soutiens, etc.). Dès lors, les syndicats sont prêts non seulement à proposer mais aussi à organiser, produire et participer à la réunion de moyens.
Quelques exemples peuvent illustrer les potentiels utilisables avec et autour de l'univers du travail et des mouvements collectifs.
A contrario du passéisme ou du dogmatisme, il nous semble essentiel de faire du « mouvement » et de « l'ouverture » des idées maîtresses.
Les mouvements sociaux créent du savoir et de l'art. Ces productions participent à la notion d'ouverture et de démocratie. Il s'agit bien d'une mémoire vivante, en mouvement dans le temps et dans l'espace.
Les interconnexions, les mouvements et les brassages restent encore timides et peu intégrés à l'échelle de la Grande Région. Les citoyens, et en particulier frontaliers, les vivent malgré tout au quotidien mais conservent des pratiques cloisonnées qui les rassurent face à l'inconnu culturel du « voisin ».
La construction progressive du sentiment d'appartenance à une même communauté culturelle passera nécessairement par la participation et l'accessibilité des milieux populaires aux évènements du projet « Capitale européenne de la culture ».
L'histoire et le patrimoine de la Grande Région sont les témoins de ce que la culture entrepreneuriale, le mouvement syndical, le mouvement associatif et les citoyens eux-mêmes ont créé.
L'événement 2007, pour déployer tout son potentiel de lien et d'intégrateur, doit avant tout éviter l'exclusivité et l'élitisme. La transversalité et la logique thématique qui nous guident jusqu'à présent sont de bonnes garanties pour une démarche éclectique.
- Le milieu du travail et l'histoire sociale qui y est liée sont une source importante d'inspiration pour les créateurs. Cela ne veut pas dire pour autant qu'ils en sont le sujet. Cela ne veut pas dire non plus qu'il faille associer systématiquement la souffrance (conditions de vie et de travail rudes) et la création artistique.
- Les travailleurs sont aussi des créateurs. Certes, ils restent souvent dans des pratiques amatrices mais d'autres fois ils font d'un art leur nouveau métier. En ce cas les liens entre culture, travail, histoire, mobilité, brassages et migrations transparaissent avec beaucoup de force et sens.
- Les réalisations et productions culturelles sont le fruit d'une histoire, d'un contexte et de coïncidences diverses. Dans cette diversité apparaissent entre autres les artistes, intervenants nécessaires sans qui rien n'est produit. Mais il ne faut pas oublier l'ensemble des « métiers de la culture » qui permettent aux artistes de « réaliser ». Sans eux, les productions n'auraient pas toujours les moyens et les techniques dont elles ont besoin. Ils sont aussi un des liens majeurs avec la réalité quotidienne des citoyens de la Grande Région. Des conditions d'exercice de leurs métiers dépend tout le reste.
5.2/ Exemples d'actions symboliques
- 2007 sera aussi synonyme de « déplacement à Grande Vitesse » : voyageurs, artistes et visiteurs pourraient voir la vitesse au service des manifestations culturelles en Grande Région.
- Certains sites transfrontaliers sont des lieux hautement symboliques des échanges et de l'intégration. Ils sont aussi des lieux où sont nées des manifestations culturelles qui perdurent. Ils sont enfin des lieux où l'architecture industrielle intègre dorénavant les projets économiques et culturels les plus ambitieux.
- Ces « épicentres » et leurs habitants méritent que l'on organise une respiration entre eux et les autres régions concernées afin de faciliter les échanges, les découvertes et le décloisonnement.
- Ils sont aussi des lieux de résonnances, d'harmonie et de culture commune qui donnent envie de se rassembler, de jouer et défiler au grand bonheur des citoyens de part et d'autre des frontières. Ces manifestations rythment les vies, traversent les coeurs, les frontières et les valeurs.
- Un trio « rencontres-découvertes-promotion » permet, en dehors de l'habituelle question des moyens, d'attirer les nouveaux créateurs. Des scènes ouvertes thématiques peuvent intégrer cette respiration rythmée et affirmer la dynamique de l'ensemble du projet « Capitale européenne de la culture ».
- Une réflexion volontaire, à l'échelle de la Grande Région, sur les « métiers de la culture » et les conditions de leur exercice et leur reconnaissance ne pourrait être qu'un facilitateur si l'un des objectifs majeurs de l'événement reste le sentiment d'appartenance et une accessibilité large. La préparation et le déroulement de cet événement devraient être aussi un laboratoire permettant « la réflexion, l'essai et l'amélioration » des conditions d'exercice et de reconnaissance des métiers qui servent l'ensemble du champ culturel de la Grande Région.
Les idées et les ressources ne manquent pas. Les spectacles vivants, connus ou plus récents (hip-hop, théâtres, musiques, arts de la rue et du cirque...) ainsi que la peinture et la sculpture, la littérature, le cinéma, la bande dessinée... sont à nos portes. Des spectacles hip-hop d'Hagondange au Festival de la Ruhr du DGB en passant par les théâtres populaires belges, et l'Abbaye de Neumünster à Luxembourg, il serait fastidieux, voire impossible, de lister dès à présent les ressources disponibles tant du point de vue des artistes, troupes, créations et manifestations que des lieux, salles, sites et monuments.
Si un travail de recensement est à faire, il sera cadré par le Comité exécutif ou toute instance légitimée à cet effet par les autorités compétentes. Il reste que le bon sens et la méthode demandent à prendre la mesure du réaliste et du réalisable.
Aujourd'hui, nous n'avons pas de crainte sur la dimension « réaliste » tant les créations et les compétences disponibles pour les mettre en scène au sein de l'évènement 2007 sont nombreuses et de très haute tenue en Grande Région.
Sur le registre du réalisable, les limites qui se poseront et les choix qui s'imposeront le seront en fonction des règles et des moyens. L'enjeu est néanmoins de taille : pour profiter d'une période pouvant aller jusqu'à 12 mois dans le but de soutenir le rapprochement entre européens et l'éclosion d'un sentiment d'appartenance à une communauté culturelle commune, les projets et les moyens doivent être en rapport.
Comme il en est fait allusion aux points 4.2/ et 4.3/, la mise en oeuvre d'un ou plusieurs évènements d'envergure et envisageant une participation la plus large possible des citoyens, demandera des ressources très importantes. Dans cette éventualité, un soutien important est à considérer d'emblée. Un accès à des ressources financières sous forme de subventions pour permettre la mobilisation des moyens nécessaires est incontournable.
Plus d'informations : site de la Grande Région.